Face à l’offensive de l’indien Mittal Steel sur Arcelor, la resistance s’organise, sous le drapeau du «patriotisme économique ».
Ne sommes nous pas en train de rejouer le mauvais film de l’OPA sur Danone, qui a vu se multiplier les appel au maintien du contrôle par des capitaux française du champion du yaourt, produit stratégique s’il en est ? (au moins cette fois l’information ne se propage pas à partir de rumeurs).
L’année dernière Arcelor a lancé une OPA hostile sur la canadien Dofasco, s’est-t’on interrogé sur la légitimité d’un telle opération ? Non. Du côté canadien on a fait monté les enchères (Arcelor a failli se faire souffler la mise par Thyssen, son concurrent allemand, qui, dit-on, pourrait racheter Dofasco si Arcelor tombe dans l’escarcelle de Mittal…

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Arcelor est le résultat de la fusion en 2002 du français Usinor, du luxembourgeois Arbed et de l’espagnol Aceralia : la presse française s’est-elle alarmée des disparitions d’emplois au Luxembourg suite à la création du « champion » de l’acier européen? Non. Tout le monde a applaudi la création du géant de l’acier.
Est-on bien sûr que la direction indienne serait moins favorable aux intérêts de l’entreprise, à ses actionnaires mais aussi à ses salariés ? Si le milliardaire indien s’intéresse à Arcelor c’est sans doutes qu’il pense que cette entreprise offre des perspectives favorables. Elle complète son activité (Mittal est présente dans les pays d’Europe de l’Est et en Amérique du Nord, Arcelor surtout en Europe de l’Ouest et en Amérique du Sud).
Le marché de l’acier est actuellement assez tendu. La demande chinoise tire les prix à la hausse, les prix des matières premières et de l’énergie sont également élevés. Il s’agit d’un secteur très capitalistique, l’intérêt de Mittal n’est sûrement pas de démanteler sa « proie » pour délocaliser en Inde, il est d’augmenter la capacité de production de son groupe.
Il n’a pas échappé à Mittal qu’Arcelor était, en dépit d’un doublement de son cours boursier depuis trois ans, relativement bon marché. On peut trouver dommage que ce soit des capitaux extra-européens qui bénéficient de cette décote. Mais si la bourse a raison, l’indien surestime le potentiel de croissance du groupe…
Soit Arcelor va bien, et on peut faire confiance à Mittal pour ne pas casser la poule aux œufs d’or (en tout ca il n’y a pas de raison de lui faire moins confiance qu’aux actionnaires actuels), soit la bourse a raison de peu valoriser une entreprise qui n’a pas beaucoup d’avenir, et il faudra alors penser à une restructuration malheureusement douloureuse, cela quelque soit la nationalité des capitaux.
Dans une économie mondialisée, il est normal que les entreprises nationales soient parfois (souvent) détenues par des étrangers. On cite souvent les 40% de capitaux étrangers dans le CAC40, mais ce chiffre est-t-il si élevé pour une économie française qui représente environ 5% du PIB mondial (un pourcentage plus grand du stock de capital mondial cependant) ?
On pourrait suspecter Mittal de chercher à acquérir un monopole, ce qui nuirait à l’intérêt général. Heureusement nous avons des autorités de la concurrence en charge de cette question. Et a priori, le risque est faible, puisque à eux deux Mittal Steel et Arcelor ne détiendraient qu’environ 10% du marché mondial (plus en Europe toutefois).
Plutôt que de nous soucier de la propriété des capitaux, nous pourrions peut-être nous concentrer sur les moyens de rendre plus attractive l’Union européenne comme site de production. Ainsi il n’y aurait plus de raison à s’inquiéter de possibles comportements de prédation de la part de groupes étrangers, qui ne souhaiteraient pas poursuivre l’activité industrielle sur le territoire de l’Union. La qualité des infrastructures, l’excellence de la formation et de la recherche, la cohésion sociale, la sécurité des parcours professionnels, sont les atouts à faire valoir ou à construire, et pas seulement pour attirer des capitaux étrangers bien-sûr.